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Le décrochage d’Haïti par rapport au reste du monde

Par Louis Naud PIERRE, Ph.D.*

Haïti traverse une crise aiguë. Sur le plan économique, le principal trait de cette crise est l’inadaptation à un environnement mondial présentant un double trait : 1) la rapidité du processus de production et de mise en marché de produits toujours nouveaux ; 2) la mondialisation des marchés et l’intensification de la concurrence inscrites dans une guerre économique entre les nations. Ainsi, s’imposent de nouvelles conditions de survie pour un pays et pour ses entreprises. Il s’agit, notamment de l’innovation, de la performance et de la productivité. Affaiblie par la division et l’hostilité des groupes qui la composent, la société haïtienne est incapable de faire prévaloir ces valeurs auprès de ses membres, conformément à ses impératifs fondamentaux : produire en vue de répondre aux besoins d’une population dont la croissance explose et continuer à exister dans un contexte de forte rivalité internationale ; définir et mettre en œuvre des actions en rapport avec les nouvelles contraintes de la production ; intégrer les individus par le travail qui leur permet de contribuer au système de production ; assurer la stabilité de leurs rapports de production et d’échange. Chez les individus des groupes dominants, cette faiblesse structurelle favorise le libre cours des instincts archaïques de prédation générateurs de valeurs propres : l’inégalité des structures des échanges, la loi du plus fort, la captation des ressources disponibles.

Au niveau politique, les valeurs prédatrices alimentent un imaginaire qui associe le pouvoir à l’idée d’enrichissement personnel. La politique se mue alors en une sorte de jeu de hasard où la motivation de l’engagement n’est pas la réalisation des impératifs fondamentaux de la société, mais l’espoir de gain associé aux ressources de l’État : postes, rémunérations, biens, contrats publics, etc. En conséquence, c’est l’anéantissement de l’esprit civique et de la morale publique qui soutiennent l’existence de l’État de droit, de la démocratie et de la bonne gouvernance. On en a un exemple dans l’absence totale de volonté politique d’appliquer la Constitution et les grands plans de développement adoptés depuis 1987 : soit plus d’une demi-douzaine, à laquelle s’ajoutent les innombrables plans sectoriels.

L’idée qui sera développée dans cette analyse est celle du décrochage d’Haïti par rapport aux exigences du nouvel environnement mondial. Milieu où l’efficacité et la rationalité des techniques de production et de pénétration rapide des marchés sont une nécessité de survie pour les entreprises ; quant aux États, ils sont sommés d’être performants en matière de politiques publiques destinées à rendre leurs économies compétitives.

L’objectif est de mettre en évidence l’impact sur la crise haïtienne d’un problème central : la dissonance des valeurs auxquelles adhèrent massivement les groupes dominants et des valeurs découlant du besoin d’adaptation de la société à son environnement interne et externe. Cette réflexion s’articule autour de trois axes. Le premier est un détour par le passé pour saisir le moment du décrochage d’Haïti par rapport au reste du monde. Le second axe portera sur le décrochage proprement dit et sur ses effets. Enfin, les pistes d’une réforme culturelle seront explorées.

I. Un détour par le passé
 
1. Dynamique politico-économique

Pendant le XIXème siècle, et une bonne partie du XXème siècle, Haïti est très actif dans la dynamique de construction d’un ordre international axé sur la liberté et la coopération entre les peuples pour le progrès de l’Humanité. Dans ce cadre, il a apporté son aide à tous les mouvements de libération : qu’il s’agisse des ceux de la République Dominicaine (1808), de l’Amérique du Sud (1815) et du Mexique (1818) dans leur lutte contre le colonialisme espagnol, ou de la Grèce en lutte contre l’occupation de l’Empire ottoman (1821) et de la Belgique dans sa lutte pour l’Indépendance (1830). L’Exposition Universelle à Port-au-Prince, du 1er décembre 1949 au 8 juin 1950, est exemplaire de ce rayonnement international. Évènement qui a projeté à la face du monde l’image d’un pays dynamique.

Sur le plan économique, à partir des années 1970-1980, Haïti parvient à s’accrocher à la dynamique économique mondiale, telle qu’elle se manifeste à travers le second esprit du capitalisme d’État (Boltanski et Chiapello, 1999). Cet esprit se caractérise par la concentration de la production au sein de grandes entreprises industrielles, très fortement hiérarchisées et bureaucratisées, opérant dans le cadre des marchés monopolistiques encadrés par l’État dirigiste. Et l’esprit qui prévaut repose encore non seulement sur le productivisme, mais aussi sur un idéal éthique faisant de la justice sociale une valeur fondamentale. D’où l’émergence d’une logique de socialisation de la richesse et de la production, s’appuyant sur des dispositifs tels que l’État Providence.

L’État s’embarque dans cette dynamique. Cela est rendu possible grâce à la neutralisation des effets de la division et de l’hostilité des groupes à travers la « paix des tombeaux » imposée par la dictature. En 10 ans, un embryon d’industries de substitution aux importations a pu être constitué : Aciérie d’Haïti, Ciment d’Haïti, Minoterie d’Haïti, Huilerie ENAOL (Entreprise nationale des oléagineux), Usine Sucrière de Darbonne, etc. Dans le domaine de l’Agriculture, les dispositifs financiers, institutionnels, scientifiques et techniques (enseignement et recherche) de soutien à la production sont mis en place. D’où la réalisation de l’objectif de l’autosuffisance alimentaire.

2. Le grand tournant des années 1980

Mais les années 1980 marquent un grand changement dans la structure du capitalisme monopoliste sur le plan mondial. Ce changement procède de deux phénomènes distincts et interconnectés : d’une part, le développement des nouvelles technologies de l’information (NTIC) ; d’autre part, l’expansion des technologies de production.

Les nouvelles technologies de l’information (NTIC) ont accéléré la progression historique d’un phénomène aussi vieux que le monde. Il s’agit de l’intégration mondiale : économique et sociétale. L’accélération de ce mouvement de globalisation est, plus spécifiquement due, à la réduction de manière exponentielle les coûts de communication. Le monde se mue alors en un grand marché régi par la concurrence.

Les technologies de production sont incarnées par la robotique avancée. Celle-ci offre les outils dits CFAO (conception et fabrication assistées par ordinateur). La force de ces technologies est de favoriser une plus grande rapidité du processus de production en permettant, notamment : l’accélération de la conception du produit et de son développement ; la simulation des contraintes ou le calcul de ses caractéristiques physiques ; la traduction du fichier numérique en instructions de fabrication.

Ces changements entraînent une triple contrainte structurelle : d’une part, la mondialisation de la production et des échanges et la forte augmentation des Investissements directs à l’étranger (IDE) sous l’influence des firmes multinationales à travers notamment les opérations de fusion et d’acquisition ou encore l'implantation de filiales ; d’autre part, l’accélération du processus de fabrication des produits toujours nouveaux et de leur mise sur le marché ; enfin, l’accentuation de la concurrence et le changement permanent toujours plus rapide des technologies. Ainsi, émerge un monde économique global où la valeur ajoutée découle dans la capacité à tirer parti des connaissances pour innover et prendre de l’avance sur les concurrents.

Par ailleurs, il faut noter le triomphe de l’idéologie néolibérale. Ses principaux tenants, comme Friedman (1970) et Hayek (1943), posent comme des impératifs absolus, notamment : la privatisation des entreprises publiques, la suppression des barrières douanières, le moins d’État dans la sphère économique, le démantèlement de l’État-providence, la déréglementation, le développement des marchés, la libre concurrence, le libre-échange, le primat de la rentabilité et des profits, l’insertion au marché mondial par la vertu des avantages comparatifs. Cette idéologie est incarnée aux États-Unis par Ronald Reagan et en Angleterre, par Margaret Thatcher. Elle guide l’action des institutions financières internationales.

II. Le décrochage

Dans les années 1990, les recettes néolibérales sont imposées aux pays du Sud par le biais des plans d’ajustement structurel. A la suite des crises de la fin des années 1990, les institutions financières internationales développent un nouveau discours mettant l’emphase sur, notamment : une croissance économique soutenable et durable ; la lutte contre la pauvreté ; la mise en place des institutions démocratiques. Ces préoccupations constituent le fondement des Documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP).

1. L’effondrement économique

En 1987, Haïti adopte son premier Plan d’ajustement structurel, suivi d’un second en 1997. En 1996, le parlement haïtien (46e Législature), a voté la Loi Cadre relative à la modernisation des entreprises publiques du pays. En 2008, le « Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté » (DSNCRP) est adopté. En janvier 2009, le Président René Préval crée un Groupe de Travail sur la Compétitivité. Ce Groupe propose une stratégie articulée autour de 5 secteurs de spécialisation : Fruits et tubercules, Élevage, Tourisme, Externalisation de services (BPO), Confection de vêtements.

Le principal constat est celui d’une corrélation entre l’application de la doxa néolibérale et l’effondrement de l’appareil productif haïtien. On en a une illustration dans les statistiques synthétisées respectivement dans le Plan de relance économique post Covid 19 (PREPOC 2020-2023) et dans le rapport de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) de 2021. Depuis 2012, la population haïtienne croit plus rapide par an que le Produit intérieur brut (PIB), soit 1,5% contre 1,1%. En 2020, le PIB va jusqu’à enregistrer une baisse de -3,3%, avec une contraction de -1,8% au terme de l’exercice fiscal 2021. Quant à la croissance, à partir de 2019, elle rentre dans une phase négative : -1,7% en 2019, -3,3% en 2020, -1,8% en 2021.

Cette dynamique négative se traduit par la forte dépendance d’Haïti par rapport aux importations qui vont même jusqu’à représenter 57,8% du PIB en moyenne sur la période 2014-2019. En corollaire, c’est une dépréciation rapide de la gourde qui, entre septembre 2014 et septembre 2019, a perdu 100% de sa valeur : soit une dépréciation en moyenne de 15% par année. Celle-ci est corrélée avec l’accélération de l’inflation depuis l’exercice fiscal 2015. En juin 2020, « les prix ont enregistré une croissance assez soutenue de 3% en variation mensuelle et de 24.7% en glissement annuel » (Paragraphe 624, PREPOC 2020-2023). Cet effondrement économique a comme corollaire l’explosion de la pauvreté. Phénomène qui touche 59% de la population.

2. Les approches explicatives

Plusieurs auteurs, comme Arnousse Beaulière (2005), ont abordé le problème de l’effondrement économique d’Haïti. Le point fort de ces travaux consiste à analyser la logique néolibérale d’efficacité des dépenses publiques et des avantages comparatifs. Logique à laquelle sont soumis les services publics et le système de production haïtien. L’efficacité est mesurée exclusivement à l’aune de la rentabilité ou profit. Ainsi, sont exclus les impératifs fondamentaux de la société, telles que le maintien des solidarités sociales et le développement humain et culturel. Les politiques sociales, considérées comme non rentables, sont les premières impactées par les coupes budgétaires. Par ailleurs, la perspective des industries de substitution aux importations et de souveraineté alimentaire est abandonnée au profit de la spécialisation dans des secteurs d’exportation où le pays serait doté des avantages comparatifs.

La faiblesse des travaux évoqués plus haut tient au fait de passer sous silence le nouvel environnement et ses contraintes d’une part et, d’autre part, la nécessité pour la société haïtienne de s’y adapter par la production ou l’appropriation des valeurs et normes adéquates.

L’hypothèse du décrochage s’intéresse aux acteurs et à leur attitude face au nouvel environnement et à ses contraintes qui nécessitent un nouveau type d’organisation plus flexible et plus inventive. Il s’agit de rendre l’entreprise apte à s’adapter à toutes les transformations et de prendre de l’avance stratégique et technologique sur les concurrents. L’adaptation nécessite également la mise en place de moyens d’acquisition et de maîtrise du savoir scientifique, technique et technologique qui soutient les activités des industries de haute de technologie, mais aussi la production des services à la collectivité et aux entreprises.

Quant à l’État, son rôle est recentré sur la création des conditions à la compétitivité l’économie nationale, à travers notamment : la bonne gouvernance ; la mise en place d’une synergie entre les petites et moyennes entreprises, les centres de recherche et les grands groupes industriels. D’où le concept de l’ « État stratège » développé par Bezes (2009). Plus spécifiquement, l’État devient coordinateur et garant des processus de production et d’échange.

3. La nécessité d’adaptation à l’environnement

L’hypothèse du décrochage ne se prononce pas sur la nature, bonne ou mauvaise, du néolibéralisme. Elle s’intéresse à la société qui doit produire sa norme de fonctionnement et d’évolution : c’est-à-dire le comportement exigible de ses membres pour répondre aux exigences de son environnement interne et externe.

Sur le plan interne, la société haïtienne fait face aux problèmes de gestion liés à l’explosion démographique. Jusque vers la fin du XIXe siècle, la population dépassait à peine un demi-million d’Habitants, pour une superficie de 27750 km (Moral, 1961). Elle a doublé en moins de 50 ans ; elle passe d’environ 6 millions dans les années 1980 à près de 12 millions en 2021. Les problèmes découlant de ce phénomène démographique sont légion. Les principaux sont : l’accélération de l’urbanisation ; l’augmentation exponentielle des demandes en éducation, en santé, en infrastructures et en équipements collectifs (eau, énergie, transport, etc.).

Sur le plan externe, les défis sont liés à la mondialisation des marchés et à l’intensification de la concurrence internationale : celle-ci prend l’aspect d’une guerre économique opposant des États en quête de moyens de défense du niveau de vie de leur population et d’accroissement de leur influence sur la scène internationale. Ce qui est visé ici, ce n’est pas la conquête de nouveaux territoires, mais l’accroissement des parts de marchés extérieurs pour leurs entreprises et la progression au sein de la hiérarchie mondiale (Esambert, 1992).

L’adaptation à ce nouvel environnement interne et externe est une question vitale pour la société haïtienne. Un tel processus suppose comme norme l’atteinte d’un niveau standard de production, en quantité et en qualité. L’enjeu est double : d’une part, répondre aux problèmes liés à la croissance démographique ; d’autre part, continuer à exister et à se développer dans cet état de « guerre économique » mondiale. Chercher à assurer son existence et son développement par la production de normes adéquates aux défis à relever est le propre de la vie ; dynamique que Georges Canguilhem appelle la normativité biologique (Canguilhem, 1966).

La sociologie classique s’inspire de la biologie, du moins ses grandes figures comme Comte, Spencer et Durkheim. Elle identifie la société à un organisme dont la propriété est de se reproduire, de croître, de coopérer avec les membres de son espèce et les aider à se protéger. Ces impératifs fondamentaux sont réalisés grâce à une organisation articulée autour de quatre sous-systèmes d’action qui constituent le système social : l’adaptation à l’environnement (économie) ; la poursuite de buts communs (politique) ; l’intégration sociale (institution) ; le modèle culturel, c’est-à-dire une représentation des buts désirables constitutifs de la volonté, motivant l’action, l’engagement, le travail ou l’effort (Parsons, 1960). La normativité de la société est sa capacité de, notamment : attribuer une valeur positive ou négative au comportement des membres en rapport avec impératifs vitaux, le préférer ou le repousser, l’apprécier ou le déprécier, le valoriser ou de le dévaloriser.

L’effondrement d’Haïti est lié à une désorganisation sociale, dans le sens que donnent les sociologues de l’école de Chicago à ce terme : la défaillance des institutions de socialisation et d’intégration (famille, école, église, entreprise, etc.), avec en corolaire le renforcement des mécanismes d’exclusion (échec familial et scolaire, chômage, discrimination, etc.). Ce qui conduit les individus vulnérables à inventer des solutions déviantes (exemple : associations criminelles comme les gangs). Dans le cas haïtien, la désorganisation sociale est totale. Elle exprime l’âpreté de la division et de l’hostilité des groupes entre eux (Desroches, 2020). Cette société est ainsi rendue incapable de faire prévaloir auprès des membres les valeurs inhérentes à ses impératifs fondamentaux.

4. La division et l’hostilité des groupes

Les groupes en présence présentent des caractéristiques internes et externes particulières. Sur le plan interne, les liens sont forgés sur la base de la parenté, de la camaraderie, de la couleur, de la proximité territoriale (voisinage, ghetto, etc.), ou encore de la complicité et de la collusion d’intérêts (corruption, criminalité organisée, etc.). Sur le plan externe, ils sont hostiles et méfiants les uns à l’égard des autres. Cette attitude générale d’hostilité et de méfiance est une survivance de l’antagonisme entre les différents groupes de statut de la société esclavagiste et coloniale : grands blancs, petits blancs, affranchis (mulâtres et noirs), esclaves et ses diverses strates (esclaves domestiques, esclaves à talent, esclaves des champs). Il faut également les expériences douloureuses répétées de trahison.

Après l’indépendance, les premiers dirigeants n’avaient pas les ressources nécessaires à la conception d’institutions de socialisation et d’intégration en adéquation avec le trauma résultant à la fois de la violence extrême que constitue l’esclavage et de la peur de la trahison quotidienne. Trauma qui est exprimé par un certain nombre d’expressions signifiantes, telles que : « Depi nan Ginen, nèg rayi nèg » (depuis la Guinée les nègres se vouent une haine tenace) ; « Ayisyen se krab » (les Haïtiens sont des crabes) ; « Ayiti se tè glise » (Haïti est une terre glissante). Les modèles institutionnels existants ont tout simplement été importés et imposés sans discussion (Hurbon, 1987). Les individus n’ont donc jamais été mis en condition de surmonter leur trauma à travers des débats sur les orientations de la société en conformité avec les valeurs du contrat social de la Révolution de 1804. Dans ces conditions, leur expérience sociale se limite aux cadres suivants : celui des groupes primaires (famille, voisinage, cercle d’amis proches, club à base ethnique, société secrète, etc.) ; celui des associations de prédation (réseau de crime organisé, clique politique, etc.).

L’étroitesse de l’expérience sociale signifie que les individus sont incapables d’assumer les trois logiques d’action mises en évidence par François Dubet (1994) : le respect des obligations de rôles endossés dans la société (intégration) ; la limitation des moyens d’atteindre ses buts aux attentes sociales (stratégie) ; la double injonction d’autonomie et de responsabilité (subjectivation). Cela se traduit chez eux par un comportement imprévisible, transgressif, irresponsable face aux impératifs fondamentaux de la société.

Les individus dominants dans les espaces politiques, économiques et socioculturels, sont marqués par ce trouble de comportement. Ils identifient le bien à l’objet de satisfaction personnelle. Cette morale primaire les rend inapte à assumer les défis et les attentes sociales modernes, notamment : l’injonction à l’homme de maitriser son environnement et de produire ses moyens d’existence. D’où une absence de volonté pour : d’une part, assumer des rôles en tant qu’acteurs du progrès de leur société ; d’autre part, s’approprier les contraintes de l’environnement mondial dans lequel s’inscrivent cette société et ses activités de production et d’échange. Dans son ouvrage intitulé La Vocation de l’Élite (1919), Jean Price-Mars épingle cette attitude négative qu’il analyse en termes de « piratisme moral » : une propension à ériger l’exploitation des masses en norme sociopolitique et économique. Le redressement d’Haïti passe donc par une réforme culturelle.

III. La reforme culturelle

La sociologie définit la culture comme un ensemble articulé de valeurs et de normes traduites en manières de penser, de sentir et d’agir. Par valeurs, il faut entendre des buts désirables ; et par normes, des comportements attendus en rapport avec ces buts. Par exemple, la production croissante et pérenne est le but du capitalisme ; et le travail permettant de contribuer au maintien et au développement de ce système est la norme. Du point de vue de l’individu, des buts tels que l’argent, le pouvoir, le statut social, ne peuvent être légitimement poursuivis que par le travail ou industrie dont les produits sont échangés contre des rétributions (dividende, profit, salaire, etc.). Les valeurs et normes ont pour fonction de constituer les individus, qui les intériorisent par la socialisation, en une collectivité.

1. Le rejet de la production comme valeur sociale première

Au lendemain de l’indépendance de 1804, l’oligarchie naissante a fait main basse sur les propriétés des colons en fuite et sur le nouvel État. Et son projet se résume au fait d’assurer le retour des nouveaux libres dans les plantations. Elle reprend à son compte les mécanismes juridiques et militaires, baptisés de « caporalisme agraire » ; un système de travaux forcés conçu par le représentant de la Métropole, le Commissaire civil Sonthonax. Ce dernier a été contraint de proclamer l’affranchissement général le 29 août 1793, suite au soulèvement général des esclaves éclatée le 23 août 1791. Les mécanismes en question sont implémentés par Toussaint Louverture à travers des mesures constitutionnelles et légales, notamment : l’Ordonnance du 18 mai 1798, le règlement de police du 12 octobre 1800, la Constitution du 13 juillet 1801, l’arrêté du 7 mai 1801 et l’arrêté du 24 novembre 1801. Après l’indépendance, ce système est repris et renforcé.

L’échec de la nouvelle forme d’encadrement des cultivateurs constitue un tournant majeur dans l’histoire du pays : l’abandon définitif de la perspective de production. Entre 1820 et 1848, les grands propriétaires terriens, formant la nouvelle oligarchie, confient la gestion de leurs domaines à des paysans en échange de la moitié des récoltes : un système dit de « demwatye ». Ils se replient alors dans les villes afin, selon André-Marcel d’Ans, « de monopoliser tout ce que respectivement l’armée et l’administration civile pouvaient offrir de sinécures et positions stratégiques à partir desquelles il était possible d’attirer vers soi une partie substantielle des bénéfices du commerce, dont l’essentiel se trouvait délégué à des négociants consignataires étrangers, établis dans les différents ports du pays » [Ans (de), 1987 : 198]. Cette oligarchie a été renforcée par des Levantins et des Européens.

C’est ainsi que l’économie urbaine haïtienne devient une économie de prédation. Thorstein Veblen définit la prédation économique comme une attitude de combat permanent érigé en valeur et mode de vie : « Les membres du groupe adoptent une attitude prédatrice (c’est-à-dire rapace) comme attitude spirituelle permanente et orthodoxe ; la lutte est devenue l’indice dominant d’une théorie courante de la vie ; le sens commun en arrive à juger des gens et des choses en vue du combat : alors nous en sommes à la phase prédatrice de la civilisation » (Veblen, 1970 : 15).

2. La prédation économique

Dans sa « Théorie de la prédation », Jean Peyrelevade insiste sur la sur-rémunération du capital grâce à quatre moyens. Le premier est la pratique de prix très enlevés. Celle-ci est rendue possible par la neutralisation de la concurrence à la faveur de plusieurs facteurs, notamment : une avance en matière d’innovations technologiques ; l’imposition d’une situation de monopole ou d’oligopole qui permet d’influencer les prix ; l’imitation, la copie et la contrefaçon en ce qui concerne le champ de l’innovation, permettant de réaliser le même niveau de rémunération que l’inventeur originel sans avoir produit l’effort équivalent ; les fraudes multiformes. Le second moyen concerne la sous-rémunération du « travail ». Le troisième moyen a trait au recours excessif à l’effet de levier, à travers l’augmentation du risque et son transfert mal rémunéré sur autrui. Enfin, l’industrie de jeu de hasard ou de vente de l’idée d’enrichissement, où les recettes résultent de l’argent perdu par les joueurs qui viennent avec l’espoir d’en gagner (Peyrelevade, 2010). Le principal indicateur de la prédation économique consiste dans le fait que « les enrichissements individuels peuvent être considérables alors même que l’enrichissement collectif est nul. Donc le jeu est à haut risque puisque l’enrichissement extrême des uns est nécessairement constitué des pertes des autres » (Peyrelevade, 2010 : 61).

Michel Volle associe la prédation économique à une structure inégalitaire du système d’échange. Plus spécifiquement, elle se caractérise, selon Volle, par une « relation où l’une des deux parties peut imposer une transaction à l’autre » à son avantage (Volle, 2008 : 9). Par ailleurs, il souligne que « la prédation à grande échelle est nécessairement le fait d’un réseau de personnes solidaires et liées par un pacte implicite qui leur garantit le secret, gage d’immunités » (Volle, 2008 : 33).

L’économie urbaine haïtienne est exemplaire de la logique prédatrice. Ses secteurs les plus lucratifs (importations, sous-traitance, construction, énergie, réseau de distribution, etc.) sont dominés par une minorité de l’oligarchie. En plus des moyens de sur-rémunération du capital analysés par Peyrelevade, les travaux sur Haïti insistent sur un cinquième : le captage des ressources publiques à travers la monopolisation des contrats publics et des aides d’État, sous fond de corruption. Phénomène qui est analysé par Laleau (2020), Jean (2019), Dorvilier (2012), Charles (1994). Péan (2000) voit dans cette attitude prédatrice la « corruption de soi ». Celle-ci se manifesterait chez les individus par « une organisation mentale privilégiant les motivations les plus obscures » (p. 86). La faiblesse de volonté est prise comme un exemple qui illustre cette corruption.

Quoi qu’il en soit, l’essor économique d’Haïti dans les années 1970-1980 relève de la volonté du Président-dictateur, Jean-Claude Duvalier : ceci, sans l’appui des groupes dominants qu’il tient en respect par la carotte et le bâton. À son arrivée au pouvoir en 1971, il entreprend ce qu’il qualifie de « révolution économique ». Ainsi, fait-il appel aux capitaux étrangers, relance le tourisme, soutient la production agricole, ouvre le pays aux entreprises de sous-traitance nord-américaines et met en place un embryon d’industries de substitutions aux importations. Pendant ce temps, les membres de l’oligarchie pro-duvaliéristes se cantonnent, selon Pierre-Charles (1973), « dans le domaine de la contrebande et de la distribution de certains produits (ciment, huile, tissus, etc.) », où « ils disposent de privilèges spéciaux » (pp. 63-64). Ce qui leur permet de s’enrichir très rapidement. Devenus les acteurs économiques dominants suite à la libéralisation de l’économie dans les années 1990-2000, ils gardent une mentalité de marginal. Ils se montrent incapables d’assumer leadership dans le progrès économique du pays, comme l’ont fait les riches bourgeois ou les capitaines d’industrie dans le développement du capitalisme et des institutions y afférentes.

Une révolution culturelle est nécessaire pour replacer Haïti dans la trajectoire de l’Histoire universelle et de son histoire. Par révolution culturelle, il faut entendre une réappropriation par cette société du savoir sur elle-même pour en arriver à vouloir continuer d’exister, se donner les moyens de produire les commodités qui rendent agréable le quotidien et conserver la santé de tous. Pour ce faire, il faut impulser une politique de développement scientifique, technique et technologique, mais aussi de la mémoire. Tout cela ne peut se faire que dans et par le dialogue. Ce qui nécessite le courage de faire un examen de conscience individuelle et collective.

En guise de conclusion

Le décrochage d’Haïti par rapport au reste du monde met en exergue la dissonance des valeurs dominantes de la société et des valeurs de l’environnement mondial : les premières concernent l’inégalité des structures des échanges, la loi du plus fort, la captation des ressources disponibles, conduisant à la destruction du système productif ; les seconde, l’innovation, la performance et la productivité, amenant à la contribution à ce système. Cette dissonance révèle la faiblesse de la société en raison de son éclatement entre des groupes antagoniques : elle est incapable de sélectionner et d’imposer aux individus les valeurs et normes, c’est-à-dire les buts à poursuivre impérativement et les efforts à fournir nécessairement en rapport avec les contraintes de l’environnement de la production.

L’Europe occidentale a pu progresser dans tous les domaines grâce au développement d’un modèle culturel favorable : celui qui fait de l’encouragement à la production croissante et continue un impératif patriotique et moral. Ce choix est matérialisé à travers une offre axée sur deux piliers principaux : d’une part, la diffusion de la science et de la technique, le développement des compétences et des technologies ; d’autre part, l’intervention de l’État en termes de régulation, de déploiement des infrastructures et de services ainsi que de gestion des problèmes sociaux. Les autres pays extra-occidentaux qui ont connu un développement économique spectaculaire sont ceux qui ont su intégrer ces valeurs dans leur culture. Parmi ces pays, on peut citer les Dragons (Corée du Sud, Hong Kong, Singapour, Taïwan) qui ont enclenché leur révolution capitaliste dès les années 1960. Ils ont été suivis par les Tigres sud-est asiatiques (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande), au cours des années 1970-1980 ; puis par les Démocraties populaires (Cambodge, Chine, Laos, Vietnam). À ces pays s’ajoutent l’Inde et la Birmanie à partir des années 1990.

La société haïtienne ne parviendra à un progrès économique et social qu’à une double condition. La première concerne la promotion des valeurs constitutives du code d’honneur, au travers de l’école, des arts et des figures d’acteur d’intégration. Parmi ces valeurs, les principales sont : le respect de la parole donnée, l’indépendance personnelle qu’offre le revenu du travail, la responsabilité envers les siens, le courage et la bravoure. Ce sont ces valeurs qui ont été au fondement du droit informel, lequel assurait naguère la stabilité des interactions au sein du monde traditionnel rural haïtien hors de la présence de l’État (Charles 2016). C’est par souci de responsabilité envers les siens que les membres des masses populaires et paysannes vivant à l’étranger se sacrifient pour envoyer de l’argent aux membres de leur famille restés en Haïti. La seconde condition est d’incorporer dans la culture économique du pays les valeurs inhérentes à l’environnement mondial.

Bibliographie

Ans (de), André Marcel, 1987, Haïti, paysage et Société, Paris, Karthala.

Beaulière, Arnousse, 2005, Pauvreté et santé en Haïti, Université Montesquieu Bordeaux IV.

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* Titulaire d’un Doctorat en sociologie, Monsieur Louis Naud Pierre est membre de l’IDES (Institut de développement économique et social). Il a été professeur associé au Département de science politique, Université du Québec à Montréal (UQÀM). Il a enseigné à l’Université Victor Segalen (France), au Département des sciences du développement de la Faculté d’ethnologie, Université d’État d’Haïti. Il a coordonné les activités du Réseau d’études en sciences humaines et en sciences sociales sur Haïti (RES-Haïti), LAPSAC, Université Victor Segalen Bordeaux 2.

BIOTECHNOLOGIE ET DEVELOPPEMENT DE L’AGRICULTURE HAITIENNE

Par Thomas JACQUES

 

 

ThomasJACQUES

 


Mr.  Thomas JACQUES  est né le 02 octobre 1962,  marié et père de 4 enfants. Il détient une Maitrise en Economie Agricole. Il a occupé la fonction de Ministre de l'Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Agricole d’Haïti  de mai 2012 à janvier 2015. Sous son Administration, la réforme du secteur Agricole a été lancée.  Il a surtout ouvert la voie à l'investissement privé dans le secteur agricole, au renforcement de l'agriculture familiale et au développement de l'entreprenariat agricole. Il a une longue expérience de travail direct avec l’administration publique haïtienne, le secteur des ONG et l’assistance technique internationale. 

 

 

I.                   L’Agriculture haïtienne et la situation socio-économique d’Haïti

Le secteur agricole d’Haïti contribue à environ 20% du Produit Intérieur Brut du pays. Il est pratiqué par un peu plus d’un million d’exploitations agricoles à travers le pays. Il constitue la principale source de revenus en milieu rural. Il occupe environ 60% de la population active. Il assure autour de 45% de la disponibilité alimentaire. Cependant, Haïti est le pays le plus pauvre de l’Amérique avec un seuil de pauvreté touchant près  de 60% de la population Haïtienne en 2020.

Selon des statistiques publiées par la FAO et citées par la Banque Interaméricaine de Développement, le rendement moyen agricole en Haïti compte parmi les plus bas dans la région Amérique Latine - Caraïbes. Une forte proportion de l'agriculture se fait dans les mornes à fortes pentes suivant des pratiques culturales non appropriées. Les pertes céréalières post-récoltes varient entre 15% et 35%  en raison de l'insuffisance de structures de stockage et de transformation de produits agricoles. Le système national de santé animale et protection végétale est faible, occasionnant des pertes significatives de production et des opportunités ratées pour les exportations agricoles.

Cependant, Haïti a un potentiel agricole important, qui s’il est bien exploité,  peut contribuer grandement au développement économique du pays. A date, Seulement 80 000 ha de terre sont aménagés et irrigués par gravité sur 154 000 ha de terres irrigables. Les sous-secteurs pêche et aquaculture, le secteur de l’élevage et l’agro-industrie sont encore à un stade très peu développé et constituent des poches d’opportunités pour l’investissement privé.  Haïti a encore des réserves foncières se chiffrant à plus de 50 000 hectares localisées dans le Nord-est, l’Artibonite et le Plateau Central qui ne sont pas encore exploitées. Il y a une grande diversité de milieux agro-écologiques qui facilitent la mise en place d’une large gamme de systèmes de cultures.

En regardant les résultats obtenus par certains pays de la Caraïbe,  de l’Amérique Centrale et du Nord, dans l’utilisation de  la biotechnologie en Agriculture, l’on se demande s’il n’y a pas lieu pour Haïti d’investir dans la biotechnologie pour doubler la production agricole actuelle au lieu d’investir dans l’extension de la  superficie agricole qui nécessiterait des investissements lourds pour mettre en place les infrastructures nécessaires notamment les infrastructures d’irrigation. A raison des investissements de  10,000 dollars par ha d’aménagement d’infrastructures d’irrigation  selon certains ingénieurs spécialistes en irrigation en Haïti, il faut prévoir des investissements de l’ordre de 700 millions de dollars pour aménager 70,000 ha pour l’exploitation de nouvelles terres alors que les rendements agricoles sur  les 80000 ha déjà aménagés sont assez faibles. N’est-il pas nécessaires de se pencher sur les raisons qui expliquent les faibles rendements agricoles d’Haïti et prendre les dispositions pour y remédier avant même de se pencher sur l’extension du système irrigué ? La biotechnologie n’est-elle pas capable de contribuer à améliorer significativement la situation actuelle à un moindre coût ? C’est à ces questions que l’on va tenter d’apporter une réponse.

II.                Principales causes de la faible productivité agricole d’Haïti

Des défis liés à l’irrigation, à la disponibilité en fertilisants et semences, aux difficultés d’accès au crédit des exploitants agricoles, au manque d’accompagnement technique des agriculteurs, au poids de la sècheresse et des inondations  et enfin à la diminution continue des superficies cultivées constituent les principales causes structurelles de la faible productivité agricole d’Haïti. Mais ce ne sont guère les seules explications de cette situation. Il faut prendre en compte les choix politiques favorisant l’importation de produits agricoles au détriment de la production agricole, l’exposition du secteur agricole à la concurrence internationale rude à partir des années 90 par la baisse des tarifs douaniers.

III.             Définition et importance de la biotechnologie

Selon la littérature scientifique, La biotechnologie met en jeu l’utilisation des organismes vivants au bénéfice des humains. Cette utilisation a deux composantes: (i) la culture de cellules et de tissus, (ii) les techniques de l’ADN, dont le génie génétique.

La culture de tissus végétaux et de cellules est une technologie relativement peu coûteuse, facile à apprendre, à appliquer et largement utilisée dans de nombreux pays en développement. La culture des tissus végétaux est un outil utilisé pour l’amélioration végétale; il est en particulier utilisé pour:

  • la propagation en grande quantité d’un stock d’élite;
  • la production de plantes indemnes de virus au moyen de la culture in vitro de méristème;
  • la sélection de variants somaclonaux pour des caractères particuliers et leur multiplication;
  • la possibilité de surmonter les barrières à la reproduction entre espèces et le transfert de caractéristiques désirables aux cultures par croisements larges;
  • la possibilité de transférer des gènes par fusion de protoplasme;
  • l’utilisation de la culture d’anthère pour obtenir des lignées homozygotes dans les programmes de sélection;
  • la conservation in vitro de germoplasme végétal.

Le génie génétique c’est-à-dire les technologies de l’ADN utilise les toutes nouvelles connaissances des gènes et du code génétique pour améliorer les cultures, les arbres, le bétail et les poissons.

  • l’utilisation de sondes d’ADN spécifiques des pathogènes et ravageurs, pour leur identification, leur suivi et leur contrôle.
  • Les marqueurs d’ADN sont particulièrement utiles pour la construction de cartes de gènes afin de les isoler.

Cette technologie, qui n’est pas controversée, est utilisée pour renforcer l’efficacité des programmes conventionnels de sélection végétale et pour caractériser les ressources génétiques en vue de leur conservation et de leur utilisation.

Une importante caractéristique de la transformation de l’ADN est sa capacité de transférer les gènes, y compris du règne animal au règne végétal et vice versa, aidant ainsi à augmenter les pools de gènes de tous les organismes, dont des cultures.

Des progrès technologiques permettent aujourd’hui la manipulation de caractères très  utiles, tels que le rendement et  la tolérance à la sécheresse, à la salinité, à la chaleur, au froid, au gel, et à la toxicité aluminique (Zhang et al., 1998). L’amélioration de la tolérance au stress, en renforçant la stabilité du rendement tout en remodelant la photosynthèse par ingénierie génétique, peut accroître le rendement potentiel des plantes. Le transfert des gènes de la photosynthèse du maïs vers le riz a donné expérimentalement une augmentation de 35 pour cent du rendement du riz comparé aux lignées génétiquement semblables (Maurice et al., 1999).

Beaucoup de pays similaires dans la région possèdent de  bonnes capacités en matière de biotechnologie (Mexique, Brésil, Argentine, Costa Rica et Cuba). La recherche conduite au Mexique sur la biologie moléculaire de la tolérance des plantes à l’aluminium ouvre de grandes perspectives dans ce domaine. Depuis 1998, le Mexique a évalué en plein champ des cultures GM de maïs, de coton, de pomme de terre et de tomate. (Amstalden Sampaio, 2000). Le Brésil est le premier parmi les pays en développement à avoir déterminé la séquence du génome d’une lignée bactérienne de Xylella fastidiosa, qui attaque les orangers. Ce projet de séquence fut en partie financé par l’industrie brésilienne de l’orange (Simpson et al., 2000; Yoon, 2000).

Le Costa Rica utilise la biotechnologie pour la conservation et la caractérisation de la biodiversité. Ce pays cherche aussi à réduire l’utilisation de produits chimiques toxiques en contrôlant les maladies de la banane (Sittenfield et al., 2000). Cuba est, pour les pays en développement, un modèle d’application de la biotechnologie au développement agricole et à la médecine. (Lehman, 2000).

Nous n’allons pas beaucoup insister sur les impacts tels que  les  revenus importants générés par l’adoption des cultures développées par la biotechnologie, l’amélioration de la qualité nutritionnelle et médicale, l’utilisation et la réhabilitation des terres marginales et dégradées, la réduction de  l’envahissement des environnements marginaux, le remplacement des intrants. Nous allons surtout parler de préférence dans le cadre de cet article des impacts immédiats des cultures de tissus et de la micro propagation pour l’agriculture haïtienne.

En effet, la micro propagation permet la production et la distribution de variétés locales clonées indemne de maladies et multipliées végétativement. Les cultures concernées sont la banane, le plantain, le manioc, l’igname la pomme de terre, la patate douce, l’ananas, la canne à sucre, de nombreux arbres fruitiers tels que le pommier, le poirier, le prunier, le dattier, le manguier et le litchi, et de nombreux arbustes ornementaux et fleurs. Les avantages de la micropropagation sont immédiats et la disponibilité en main-d’œuvre à bon marché dans notre pays  les rendrait  très compétitifs dans l’utilisation de cette technologie. La micropropagation du bananier et de la canne à sucre a créé des emplois ruraux à Cuba. En Inde, plus d’une centaine d’entreprises privées de micropropagation sont créés et exportent des propagules de plantes ornementales vers l’Europe. A Shandong en Chine, la micropropagation de plants de patate douce indemnes de virus a permis une augmentation moyenne de rendement d’au moins 30 pour cent, et fournit un taux de rentabilité interne de 202 pour cent et une valeur nette de 550 millions de dollars EU (Fuglie et al., 2001). Au Kenya, les plantules de banane indemnes de maladies ont fortement augmenté les rendements qui sont passés de 8-10 à 30-40 tonnes/ha (Anonyme, 2000).

La micropropagation est une réponse à l’une des contraintes de faible rendement agricole en Haïti et un partenariat avec  Cuba, Mexique et Costa Rica en Biotechnologie peut aider à l’implication de la biotechnologie dans l’agriculture haïtienne.

IV.              Atouts et Opportunités pour l’implication de la biotechnologie dans l’agriculture haïtienne

Il existe un ensemble d’opportunités que devrait profiter Haïti, si ce pas ne veut pas rater cette révolution de l’agriculture mondiale.

  • La région Amérique Latine et Caraïbes a beaucoup bénéficié du réseau REDBIO patronné par la FAO, qui réunit dans un seul réseau d’information 619 laboratoires appartenant à 32 pays.
  • Il existe dans la région Amérique- Caraïbes un certain nombre de pays qui possèdent de bonnes capacités en matière de biotechnologie (Mexique, Brésil, Argentine, Costa Rica et Cuba).
  • Sous la Présidence de Jovenel Moise, cinq (5) centres de Germoplasme ont été installés dans le pays notamment dans le Nord, le Nord-Ouest, le Sud, les Nippes et la Grande Anse. Ces centres ont pour mission de produire chacun près 4.5 millions de plantules par an qui doivent être  distribuées dans les communes de chaque département. Il doit servir aussi d’infrastructure de stockage et de conservation à long terme de semences ou de matériel végétal de haute qualité génétique et en quantité suffisante pour satisfaire les besoins en semences forestières et fruitières.
  • L’existence de professionnels et d’institution qui ont une certaine maitrise de la biotechnologie dans le pays.
V.                 Conclusions

La FAO estime, qu’au cours des 30 prochaines années, plus des trois quarts de la croissance de la production végétale nécessaire pour satisfaire les besoins alimentaires devront provenir des augmentations de rendement. Cela ne sera possible qu’avec l’aide d’innovations technologiques importantes. Haïti a besoin de faite un saut technologique pour augmenter sa production agricole et satisfaire les besoins alimentaires de sa population par une politique d’amélioration de la productivité sur les surfaces agricoles déjà aménagées. Les outils de la biotechnologie offrent de telles possibilités d’innovation. Pour cela, Haïti devra poser les actions suivantes :

  • A l’instar des autres pays de la région, Haïti devra élaborer et mettre en application une politique publique de biotechnologie agricole qui crée les conditions qui permettent de garantir l'adéquation de la biotechnologie aux priorités fixées pour l'agriculture. Des décisions urgentes sont à prendre dans deux domaines particuliers de la biotechnologie : la biosécurité et les droits de propriété intellectuelle. Il faut mettre en place de stratégies novatrices et un partenariat des secteurs public et privé pour financer des programmes de biotechnologie. La Direction de l’innovation agricole qui a été créée en 2013-2014 au Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR)  doit être au cœur de cette politique pour intégrer les travaux de recherche en biotechnologie aux priorités de la politique agricole et à la recherche agricole du pays.
  • Haïti doit rechercher et développer un partenariat en fonction de ses priorités avec le réseau de coopération technique sur la biotechnologie végétale patronné par la FAO pour prendre connaissance des résultats des travaux qui sont réalisés à travers les  619 laboratoires du réseau et ainsi bâtir un programme de recherche qui tient compte des travaux réalisés dans d’autres pays qui sont proches de notre réalité. Ce partenariat devra s’étendre à des coopérations bilatérales  avec les pays qui possèdent déjà de bonnes capacités en matière de biotechnologie (Mexique, Brésil, Argentine, Costa Rica et Cuba).
  • Haïti devra doter au moins deux centre de germoplasme déjà installées, un dans le grand  Nord et un autre dans le grand Sud d’équipements de laboratoire nécessaires pour la production, la multiplication végétative et la distribution de variétés locales clonées indemne de maladies. Les cultures concernées sont la banane, le plantain, le manioc, l’igname la pomme de terre, la patate douce, l’ananas, la canne à sucre ainsi que d’autres arbres fruitiers comme le prunier, le dattier, le manguier et le litchi, etc. qui sont des cultures et des arbres fruitiers du terroir.
  • Le partenariat Public-Privé avec les professionnels et les institutions du pays  qui ont une certaine maitrise de la biotechnologie doit  être développé. Il existe de plus en plus de professionnels haïtiens qui retournent au pays avec des spécialisations en biotechnologie. Ils veulent se mettre au service de leur pays mais ne trouvent pas l’encadrement nécessaire et sont donc contraints de laisser le pays pour aller mettre leur talent au service d’autres pays alors que le pays a besoin de ces types de compétence. Un cadre de collaboration doit être défini entre le secteur public et le secteur privé dans le cadre  de l’élaboration de la nouvelle politique publique de biotechnologie agricole d’Haïti.

Стратегия устойчивого развития:

документы, которые нужно изучить при создании инновационных стартапов...

и не только

            Елена Репман

руководитель направления Европа Департамента Устойчивого Развития АНЕ

            Будущее неопределено, на него воздействует огромное количество внешних и внутренних факторов, учесть которые в процессе формирования «картины будущего» достаточно сложно.  В настоящее время  часто упоминается “устойчивое развитие” как направлении движения нашего общества. Но что это такое и какие документы определяют глобальные цели и конкретные задачи, в решение которых мы, на своем уровне, можем внести небольшой вклад путем создания инновационного стартапа.

            Изучим их, двигаясь от общего к более конкретному.

Что такое цели устойчивого развития?

            В сентябре 2015 года в ходе встречи на высшем уровне по устойчивому развитию, состоявшейся в ООН в Нью-Йорке, 193 государства – члены Организации Объединенных Наций официально приняли новую программу в области устойчивого развития, которая называется «Преобразование нашего мира: Повестка дня в области устойчивого развития на период до 2030 года». Эта повестка  включает 17 целей и 169 задач.

ЦЕЛЬ 1: ЛИКВИДАЦИЯ НИЩЕТЫ

ЦЕЛЬ 2: ЛИКВИДАЦИЯ ГОЛОДА

ЦЕЛЬ 3: ХОРОШЕЕ ЗДОРОВЬЕ И БЛАГОПОЛУЧИЕ

ЦЕЛЬ 4: КАЧЕСТВЕННОЕ ОБРАЗОВАНИЕ

ЦЕЛЬ 5: ГЕНДЕРНОЕ РАВЕНСТВО

ЦЕЛЬ 6: ЧИСТАЯ ВОДА И САНИТАРИЯ

ЦЕЛЬ 7: НЕДОРОГОСТОЯЩАЯ И ЧИСТАЯ ЭНЕРГИЯ

ЦЕЛЬ 8: ДОСТОЙНАЯ РАБОТА И ЭКОНОМИЧЕСКИЙ РОСТ

ЦЕЛЬ 9: ИНДУСТРИАЛИЗАЦИЯ, ИННОВАЦИИ И ИНФРАСТРУКТУРА

ЦЕЛЬ 10: УМЕНЬШЕНИЕ НЕРАВЕНСТВА

ЦЕЛЬ 11: УСТОЙЧИВЫЕ ГОРОДА И НАСЕЛЕННЫЕ ПУНКТЫ

ЦЕЛЬ 12: ОТВЕТСТВЕННОЕ ПОТРЕБЛЕНИЕ И ПРОИЗВОДСТВО

ЦЕЛЬ 13: БОРЬБА С ИЗМЕНЕНИЕМ КЛИМАТА

ЦЕЛЬ 14: СОХРАНЕНИЕ МОРСКИХ ЭКОСИСТЕМ

ЦЕЛЬ 15: СОХРАНЕНИЕ ЭКОСИСТЕМ СУШИ

ЦЕЛЬ 16: МИР, ПРАВОСУДИЕ И ЭФФЕКТИВНЫЕ ИНСТИТУТЫ

ЦЕЛЬ 17: ПАРТНЕРСТВО В ИНТЕРЕСАХ УСТОЙЧИВОГО РАЗВИТИЯ

Подробную информацию о целях и задачах Повестки дня в области устойчивого развития на период до 2030 года можно найти на сайте ООН по данному адресу

https://www.un.org/sustainabledevelopment/ru/about/development-agenda/.

В процессе формулирования долгосрочных стратегий разработчики часто прибегают к сценарному подходу, который позволяет рассматривать будущее в различных вариантах. Можно сказать, что Повестка 2030 – это желаемый Сценарий развития, то есть описание желаемой ситуациии, в том числе пути, который к ней ведет.

Как будут достигаться цели в области устойчивого развития?

            На самом высшем уровне отдельные страны будут руководить деятельностью по достижению целей. Успех данной деятельности будет зависеть от разработанных самими странами стратегий, планов и программ в области устойчивого развития. Цели в области устойчивого развития (ЦУР) будут служить ориентиром для стран при согласовании своих планов со своими глобальными обязательствами. Спускаемся на следующий уровень – уровень национальной стратегии.

           

При создании маршрута своего движения к достижению целей устойчивого развития страны будут руководствоваться Концепцией Национальной стратегии устойчивого развития (НСУР)

 

            Концепция Национальной стратегии устойчивого развития (НСУР) была предложена в 1992 году в Повестке дня на XXI век (§ 8.7), в которой к странам был обращен призыв объединить экономические, социальные и экологические задачи в единый стратегически ориентированный план действий на национальном уровне. НСУР «должна разрабатываться при самом широком участии» всех возможных стейкхолдеров.

https://sdgs.un.org/ru/topics/national-sustainable-development-strategies

            Каждая страна  самостоятельно определяет, как лучше подойти к подготовке и осуществлению своей национальной стратегии устойчивого развития в зависимости от преобладающих политических, историко-культурных и экологических условий.

            Приоритетные ЦУР для российской экономики выделены в НАВИГАТОРЕ ESG, подготовленном Аналитическим центром при Правительстве Российской Федерации по ссылке https://ac.gov.ru/uploads/pdf/ESG.2.0.pdf

            Прогресс стран отражен в добровольных национальных обзорах в рамках политического форума высокого уровня по устойчивому развитию.  Добровольный национальный обзор хода осуществления Повестки дня в области устойчивого развития

на период до 2030 года Российской Федерации можно найти по ссылке

https://sustainabledevelopment.un.org/content/documents/26421VNR_2020_Russia_Report_Russian.pdf

Каковы ключевые компоненты документов по долгосрочным стратегиям?

            Формулирование цели — этап, который заключается в том, чтобы определить как именно страна позиционирует себя в экономическом, социальном, политическом и иных измерениях.                                                                                                                                                                             

            Если цель говорит о том, чего страна хочет достичь, то задачи должны говорить — как именно страна намерена достигнуть поставленную цель, и что для этого необходимо предпринять в той или иной сфере.

 

            Инструментами реализации поставленных задач и достижения цели стратегии являются конкретные политики, программы и проекты, мероприятия, реализация которых должна вести к запрограммированным результатам.

Секторальные стратегии развития

            Следующий уровень конкретики - секторальные стратегии развития. Данные стратегии должны разарабатываться с учетом сопряженных политик, обеспечивающих достижение целей национальной стратегии посредством реализации конкретных задач в различных отраслях экономики и социальной сфере, а также в развитии человеческого капитала, во внутренней и внешней политике и т.д.

            Секторальные стратегии должны показывать, что необходимо сделать в каждом из секторов для достижения глобальных целей национальной стратегии развития. Стратегии для каждого сектора разрабатываются с учетом перспектив развития связанных отраслей для того, чтобы обеспечить  эффект синергии.

            Важным документом для создателей инновационных стартапов является Национальная стратегия развития искусственного интеллекта – дополнительная информация может быть найдена по следующем ссылкам

 

Почему это важно учитывать при создании собственного стартапа?

 

            Сегодня наблюдается сдвиг внимания инвестора и появление осмысления того, какое воздействие их инвестиции могут оказать на реальный сектор экономики, развитие общества в целом и как инвестор может контролировать такое воздействие в свою пользу и в интересах общества. Отмечается растущая частота упоминаний ЦУР в ежегодной отчетности в период с 2016 по 2020 год.

            Международной организацией UN PRI были выпущены первые рекомендации в данной области – «Инвестирование с целью достижения ЦУР: пять шагов, которые может предпринять инвестор».

            Согласно публикации сообщества ТЭК, глобальный рынок «зелёного» финансирования составил в 2020 году рекордные 465 млрд долларов. Трое из четырех инвесторов сегодня заинтересованы в устойчивом инвестировании. Только прямые инвестиции в технологические стартапы в области устойчивого развития составили по итогам прошлого года около 17 млрд долларов. http://www.energyland.info/analitic-show-213707

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